Art Paris 2026

March 14th, 2026 by awpfrance

Traquer l’argent.

En avril 2026, la 28e édition du salon Art Paris se tiendra au Grand Palais à Paris. L’événement accueillera environ 165 galeries françaises et internationales provenant d’une vingtaine de pays. Parmi ses temps forts, Le Prix BNP Paribas Banque Privée , doté d’une importante récompense financière, à savoir 40 000 euros. Il sera remis à un artiste en milieu de carrière et vise à le soutenir « et mettre en avant le travail de sa galerie pour le promouvoir et faire connaître son œuvre à un plus large public ». Si ce prix est présenté comme une aide financière sans condition, il a néanmoins un coût élevé. BNP Paribas est le premier partenaire financier européen du génocide et de la colonisation en Palestine.

Depuis 2021, la coalition Don’t Buy into Occupation (DBIO) — un réseau de 25 organisations de la société civile palestinienne et européenne — publie des rapports annuels qui exposent les relations entre les institutions financières européennes et les entreprises impliquées dans l’entreprise de colonisation illégale d’Israël en Cisjordanie occupée, y compris Jérusalem-Est, ainsi que dans le génocide à Gaza. La DBIO a identifié 104 entreprises impliquées dans l’exportation et la vente d’armes, de munitions et d’autres équipements militaires à Israël, l’extraction et l’utilisation de ressources naturelles palestiniennes acquises illégalement, ainsi que la fourniture d’équipements et de matériaux facilitant la construction ou l’expansion des colonies, du mur et des infrastructures associées au régime d’occupation militaire et d’apartheid. Il a ensuite identifié 1 115 institutions financières européennes (notamment des banques, des gestionnaires d’actifs, des compagnies d’assurance, des fonds de pension et la Banque européenne d’investissement) qui entretiennent des relations financières avec ces entreprises. Parmi ces institutions financières européennes qui soutiennent le génocide et la colonisation, la banque BNP Paribas est le premier créancier avec 20 810 prêts directs et 20 670 autres prêts garantis.

BNP Paribas finance presque tous les aspects du génocide : les géants technologiques qui permettent à Israël de disposer de systèmes avancés d’intelligence artificielle et d’armement : Google (4 933,76 millions de dollars), Amazon (3 415,91 millions de dollars), Microsoft (5 889,28 millions de dollars), IBM (300,00 millions de dollars) et Palantir (489,75 millions de dollars). Les fabricants d’armes eux-mêmes : Lockheed Martin (107,10 millions de dollars, principal fournisseur d’Israël pour l’avion de combat F-35), Boeing (225,27 millions de dollars, fabricant de nombreuses armes guidées utilisées par l’armée israélienne), BAE Systems (167,34 millions de dollars, l’un des principaux fournisseurs du F-35), Leonardo (6,77 millions de dollars, membre de la coalition F-35) et Elbit Systems (0,18 million de dollars, fabricant de l’Iron Beam, un système de défense antimissile à laser conçu pour contrer les roquettes, les drones et les missiles de croisière).

La banque continue de nier toute responsabilité, dans une déclaration de juillet 2025 qualifiant le boycott d’ « illégal ». Elle affirme que BNP Paribas « ne contribue à aucun financement contestable », mais son déni total de responsabilité repose sur une séparation artificielle des choses : « le rapport indique que BNP Paribas soutient des entreprises actives dans ces territoires, ce qui n’est pas autorisé. Le financement que nous accordons à ces entreprises soutient des projets déployés en Europe ainsi que dans d’autres régions du monde ». Pourtant, comme le souligne le rapport de la DBIO, même si « les entreprises identifiées opèrent également en dehors des territoires palestiniens occupés », ce qui signifie que tous « ces flux de capitaux ne sont pas exclusivement destinés à des activités dans les territoires palestiniens occupés, l’investissement dans une entreprise soutient généralement cette entreprise dans son ensemble. Par conséquent, les investisseurs sont directement liés à toutes les activités d’une entreprise et donc aux effets négatifs qui en découlent. »

Le partenariat avec BNP Paribas Banque Privée (une filiale de BNP Paribas), établi en 2024, six mois après le début d’un génocide qui a fait plus de 70 000 morts à Gaza, rend ainsi de fait la foire d’art complice de cette violence.

Un appel au boycott académique et culturel d’Israël (PACBI) a été lancé il y a plus de deux décennies, en 2004. S’inscrivant dans le cadre plus large du mouvement Boycott, Sanctions et Désinvestissement, ses principes affirment que si les institutions refusaient de collaborer avec les financiers associés au génocide, elles les empêcheraient tout d’abord de blanchir leurs investissements au nom de l’art et de la culture, et ensuite, elles feraient pression sur eux pour qu’ils se désengagent d’Israël, de son armée et de ses colonies.

Comme nous l’avons écrit l’année dernière, à l’approche d’Art Paris 2025 —

L’appel de la campagne BDS dans le monde de l’art a une portée limpide : il sape les « revendications d’autonomie et les effets émancipateurs » de l’art, comme l’a écrit Vijay Masharani en 2020 dans No Words: On the Status of BDS within Contemporary Art. Dès lors, il ne reste que deux positions possibles : soit refuser d’être complice, soit refuser la demande exprimée par la société civile palestinienne. « À ce moment critique », écrivait Vijay Masharani, « ce dernier choix devrait déjà être impensable. » Cinq ans plus tard, après 18 mois de génocide et plus de 60 000 Palestiniens tués à Gaza et en Cisjordanie, ce moment critique semble désormais lointain — et les choses n’ont fait qu’empirer.

Art Paris, ainsi que les autres entreprises et institutions culturelles qui continuent d’accepter l’argent des financiers du génocide en échange d’un blanchiment de leur image, ont choisi de refuser la demande formulée par la société civile palestinienne, ils ont choisi leur camp.

Sources:

https://www.bdsfrance.org/campagne-bnp/

https://dontbuyintooccupation.org/wp-content/uploads/2025/11/2025-DBIO-V-report-1.pdf

https://dontbuyintooccupation.org/dbio-data-2025/

https://cdn-group.bnpparibas.com/uploads/file/BNPParibas_Situation_Middle_East.pdf

https://cdn-group.bnpparibas.com/uploads/file/bnp_paribas_vigilance_plan_2024.pdf

Art Paris 2026

March 14th, 2026 by awpfrance

Tracing the money.

In April 2026, the 28th edition of the art fair Art Paris will take place at the Grand Palais in Paris. Hosting around 165 French and international galleries from some twenty countries, one of the programme highlights is the well-endowed BNP Paribas Banque Privée Art Prize. Offering €40,000 to a mid-career artist “to support an artist’s career and showcase how the artist’s gallery works to promote them and develop a wider awareness of their work” it is presented as a no-strings-attached cash injection. Yet there is nonetheless a high price to pay for this prize. BNP Paribas is the number one European financier of genocide and colonisation in Palestine.

Since 2021 the Don’t Buy into Occupation (DBIO) Coalition – a network of 25 Palestinian and European civil society organisations – has published annual reports that expose the financial relationships between European financial institutions and businesses involved in Israel’s illegal settlement enterprise in the occupied West Bank, including East Jerusalem, as well as genocide in Gaza. DBIO have identified 104 companies involved in the export and sale of arms, munitions, and other military equipment to Israel, the extraction and use of illegally acquired Palestinian natural resources that, and the supply of equipment and materials facilitating the construction or expansion of settlements, the wall, and associated infrastructure of the regime of military occupation and apartheid. They have subsequently identified 1,115 European financial institutions (including banks, asset managers, insurance companies, pension funds, and the European Investment Bank) that have financial relationships with these businesses. Of these European financial institutions propping up genocide and colonisation, the bank BNP Paribas is the number 1 creditor, providing 20,810 direct loans and underwriting 20,670 more.

BNP Paribas finance almost every aspect of genocide: the tech giants that enable Israel’s advanced AI targeting and weapons systems: Google (4,933.76 million USD), Amazon (3,415.91 million USD), Microsoft (5,889.28 million USD), IBM (300.00 million USD), and Palantir (489.75 million USD). The weapons manufacturers themselves: Lockheed Martin (107.10 million USD prime contractor to Israel for the F-35 fighter jet), Boeing (225.27 million USD manufacturer for many of the guided weapons used by the Israeli military), BAE systems (167.34 million USD, a leading supplier for the F-35), Leonardo (6.77 million USD, part of the F-35 coalition) and Elbit systems (0.18 Million USD producer of the Iron Beam, a laser-based missile defense system designed to counter rockets, drones, and cruise missiles).

The bank continue to deny responsibility, in a July 2025 statement calling the boycott “unlawful”. They claim BNP Paribas “does not provide any disputable financing” yet its entire disavowal of responsibility lies in the artificial separation of things: “the report says BNP Paribas supports companies active in these territories, which is not permissible. The financing we provide these companies supports projects deployed in Europe as well as elsewhere in the world.” Yet as the DBIO report notes, even if “identified businesses also operate outside the Occupied Palestinian Territories,” meaning not all “of these capital flows are directed solely to activities in the Occupied Palestinian Territories, investment in a company generally supports that company in its entirety. As a result, investors are directly linked to all of a company’s activities, and therefore to the adverse impacts arising from them.”

The partnership with BNP Paribas Banque Privée (a subsidiary of BNP Paribas), established in 2024, six months into a genocide that has killed over 70,000 in Gaza, extends the complicity in violence to the art fair too.

A call for the Academic and Cultural Boycott of Israel (PACBI) was made over two decades ago, in 2004. Part of the broader Boycott, Sanctions and Divestment movement, its principles assert that if institutions would refuse collaboration with the financiers of genocide, they would firstly prevent them from whitewashing their investments in the name of art and culture, and secondly, they would put pressure on them to divest from Israel, its military, and its settlements.

As we wrote last year, in the lead up to Art Paris 2025 ——

‘BDS in the art world makes one thing exceedingly clear: it undermines art’s “claims of autonomy and emancipatory effects,” as Vijay Masharani wrote in 2020, in his article No words: on the status of BDS within contemporary art. And it thus “leaves it only with refusal: either refuse to be a perpetrator or refuse the request made by Palestinian civil society. At this juncture,” he adds, “the latter option should already be unthinkable.” Five years later, and 18 months into the genocide during which Israel has killed over 60,000 Palestinians across Gaza and the West bank, Masharani’s juncture is a far off land, and things have only gotten worse.’

Art Paris, and the other cultural enterprises and institutions that continue to accept money from the financiers of genocide in exchange for the art washing of their image, have chosen to refuse the request made by Palestinian civil society, they have chosen which side they are on.

Sources:

https://www.bdsfrance.org/campagne-bnp/

https://dontbuyintooccupation.org/wp-content/uploads/2025/11/2025-DBIO-V-report-1.pdf

https://dontbuyintooccupation.org/dbio-data-2025/

https://cdn-group.bnpparibas.com/uploads/file/BNPParibas_Situation_Middle_East.pdf

https://cdn-group.bnpparibas.com/uploads/file/bnp_paribas_vigilance_plan_2024.pdf

(AUTO)CENSURES DANS LA CULTURE

March 14th, 2026 by awpfrance

Nous observons depuis des mois différentes stratégies de silenciation provenant de nos supérieurs hiérarchiques, des tutelles ou encore d’institutions culturelles vis-à-vis de la Palestine. Afficher son soutien à la Palestine, nommer le génocide en cours ou critiquer les structures qui le permettent peut amener à des situations professionnelles problématiques.

Il nous paraissait important de créer un outil pour pouvoir recenser la manière dont nos luttes et actions envers la Palestine sont empêchées voire censurées.

Cette enquête a pour objectif de visibiliser les luttes, de répertorier les cas de censures ainsi que de mieux comprendre les freins et les besoins des travailleur·euses de l’art dans le cadre de la mobilisation en faveur de la Palestine dans le champ de l’art. Elle est anonyme. N’hésitez pas à la partager autour de vous. 

Les conclusions de l’enquête seront partagées par Art Workers for Palestine France et le média Documentations

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BNP Paribas et l’artwashing face au génocide

May 13th, 2025 by awpfrance

Comment contraindre un marché de l’art international marqué par les malversations, le blanchiment et la fraude fiscale, quand celui-ci s’associe à des institutions financières qui investissent dans la fabrication d’armes et dans l’apartheid ? C’est tout le système, et l’argent qui y circule, qui sont sales.

Comme l’écrivait Hito Steyerl en 2016 : « les industries artistiques provoquent une économie du ruissellement à contre-courant, où l’argent est orienté vers les paradis fiscaux. » Elle expliquait que « l’économie de l’art détourne les investissements de la création d’emplois stables, de l’éducation et de la recherche, et qu’elle externalise les coûts et les risques sociaux. Elle contribue à la gentrification des quartiers tout en sous-payant les travailleuses et travailleurs essentiels à son écosystème, tout en spéculant à travers un discours mensonger. » Cela est plus vrai que jamais.

Pendant ce temps, des banques comme BNP Paribas – premier investisseur européen dans des sociétés activement impliquées dans les colonies illégales en Palestine, et principal créancier européen d’entreprises d’armement fournissant l’armée israélienne – continuent d’affirmer que leur engagement dans la culture s’inscrit dans leur « lutte contre toutes formes de discrimination ». Si l’art ne tue ni ne mutile directement, son potentiel émancipateur ou politique perd tout sens face aux vies brisées des Palestiniens, alors que des artistes et des institutions culturelles acceptent des financements ou des partenariats avec les mêmes acteurs financiers qui investissent dans des bombes et des drones.

L’appel au boycott académique et culturel d’Israël (PACBI) a été lancé en 2004 par des dizaines de syndicats, associations et fédérations palestiniennes – enseignants, artistes, femmes, journalistes, avocats. Dans le cadre du mouvement Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS), leurs principes sont clairs : si les institutions culturelles refusaient de collaborer avec les financiers du génocide, elles empêcheraient ces derniers de blanchir leurs investissements au nom de l’art, et exerceraient une pression concrète pour qu’ils se désinvestissent d’Israël, de son armée et de ses colonies.

Dans ce sens, l’appel du BDS dans le monde de l’art a une portée limpide : il sape les « revendications d’autonomie et les effets émancipateurs » de l’art, comme l’a écrit Vijay Masharani en 2020 dans No Words: On the Status of BDS within Contemporary Art. Dès lors, il ne reste que deux positions possibles : soit refuser d’être complice, soit refuser la demande exprimée par la société civile palestinienne. « À ce moment critique », écrivait Masharani, « ce dernier choix devrait déjà être impensable. » Cinq ans plus tard, après 18 mois de génocide et plus de 60 000 Palestiniens tués à Gaza et en Cisjordanie, ce moment critique semble désormais lointain – et les choses n’ont fait qu’empirer.

Quand la foire d’art contemporain Art Paris a annoncé, en début d’année, un partenariat premium avec BNP Paribas, cela n’a fait ni la une des journaux, ni de bruit – alors même que le génocide s’intensifiait. BNP Paribas finance pourtant d’autres institutions culturelles de premier plan, telles que le Centre National de la Danse, Chaillot – Théâtre national de la Danse, ou encore la Villa Médicis. Le jour de l’ouverture d’Art Paris, le 3 avril 2025, l’armée israélienne tuait 112 Palestiniens : trois écoles et de nombreux foyers étaient visés. Le deuxième jour, 38 Palestiniens mouraient sous les frappes aériennes dans le nord et le sud de Gaza, tandis que l’embargo sur l’aide humanitaire durait depuis un mois. Le troisième jour, 30 autres Palestiniens étaient tués. Lors du dernier jour de la foire, 44 personnes perdaient à nouveau la vie.

Pendant ce temps-là, à Art Paris, sous les coupoles dorées du Grand Palais, le directeur de la filiale privée de BNP Paribas félicitait le lauréat de leur prix en lui remettant 40 000 euros pour sa représentation de « la banalité du quotidien », une œuvre qui « intègre les symboles d’un monde qui change ». Masharani nous rappelle : « nous devons empêcher les marchands d’armes et les autocrates d’exploiter cyniquement le pouvoir transcendant associé à l’art contemporain. » Car dans ce contexte, « l’art blesse, de manière lointaine, à la fois en termes d’espace et de temps. »

Mais l’art n’est pas distant. Et le quotidien n’a rien de banal lors d’un génocide. Il est, comme le décrit Rasem Nabhan depuis Gaza, fait de « corps, de morceaux de corps, de blessés, et de beaucoup de sang ». Il est fait de séparation d’enfants d’avec leurs familles, de pénuries d’eau, et de scènes telles que celle décrite par Asmaa al-Masri : découvrir que le corps démembré de son mari est resté trois jours dans une ambulance, bloquée sur la route vers l’hôpital.

L’art, dans une foire, devient une marchandise prétendument sans venin. Mais le boycott, dans ce contexte, est un projet spécifique, et urgent. Il vise à interrompre le flux d’argent qui alimente un génocide. Mettre suffisamment de pression sur des acteurs comme BNP Paribas pourrait conduire à un désinvestissement. Si on ne peut compter sur leur éthique, on peut compter sur leur attachement à l’accumulation. Si leur réputation est suffisamment entachée pour nuire à leurs profits, alors peut-être que le financement des missiles balistiques, des mitrailleuses ou des drones pilotés par IA s’arrêtera.

BNP Paribas — Art Washing the Funding of Genocide

April 21st, 2025 by awpfrance